Maîtrise de soi (suite)

Savoir se maîtriser, c’est utile non seulement pour les situations difficiles de la vie, mais ça nous aide aussi à bien ajuster nos réactions émotives en toute circonstance et à faire en sorte que nous restions en harmonie avec notre entourage.

«Être maître de soi» ne veut pas dire «n’avoir aucune réaction émotive» ; nous pouvons rire, pleurer, réprimander, nous défendre en exprimant un profond désaccord, mais en toute circonstance, nous gardons notre dignité : pas de crise hystérique au cours de laquelle nous exprimerions des propos injurieux ou dévalorisants, pas de violence ni de cris, ni de sermons fortement moralisateurs. Nous exprimons simplement et clairement nos émotions ; notre entourage les perçoit bien, mais n’en est pas agressé ni écrasé.

Les crises de colère

Pourquoi ne pas se permettre de se défouler un peu, de «lâcher les rênes» et laisser nos émotions s’exprimer librement, sans retenue ? Nous croyons peut-être que ça a un effet thérapeutique, libérateur ?

Ce n’est pas le cas ! Le défoulement ne libère pas parce qu’il crée d’autres problèmes. Par exemple, celui qui fait une crise intense de colère à sa conjointe ou à un ami, arrive certes à libérer un trop-plein émotif qui l’habite et qui fait mal. Mais pourquoi ne se sent-il pas plus heureux, plus libre, plus dégagé, une fois qu’il a laissé exploser librement ce trop-plein émotif ? D’abord parce qu’il y a de fortes chances qu’une «voix intérieure» s’éveille en lui, se manifeste assez clairement pour lui faire ressentir de la honte face à ce qu’il a fait en lui donnant un aperçu de ce que ça avait l’air aux yeux de ceux qui en ont été témoins.

Suite à la crise, il peut y avoir aussi beaucoup de regret d’être allé trop loin avec quelqu’un. Il s’en suit alors un sentiment de culpabilité, un désir de se racheter, de réparer… et tout ça serait bien, si ça amenait un changement durable, un désir de se montrer définitivement plus humain avec ses proches… Malheureusement, ces bonnes intentions ne durent pas longtemps chez plusieurs, car aussitôt que l’orgueil refait surface, il éclipse ces intentions plus nobles et meilleures et le trop précieux «moi» reprend ses droits.

Quand on est trop centré sur soi

Il est possible, dans tout ça de faire l’observation suivante : plus nous sommes centrés sur notre propre personne, plus nous nous considérons comme importants, plus nos désirs personnels sont au centre de nos préoccupations, plus en même temps nous devenons vulnérables et à risque d’éclater, lorsque des événements ou des personnes viennent faire obstacle à nos désirs, viennent nous contrarier ou essayer de nous faire comprendre que nous avons tort. Dans ces cas, la personne trop centrée sur elle-même réagit alors immédiatement comme si elle était en danger, victime de l’incompréhension ou de la «bêtise» d’autrui. Elle attribue inévitablement de mauvaises intentions à l’autre qui voulait tout simplement lui faire comprendre quelque chose ; puisqu’il a osé dire une telle chose, il mérite la colère ou encore, mérite d’être écarté complètement et définitivement, en tant que punition bien méritée.

Et si c’est un événement qui cause la contrariété, la personne centrée sur elle-même s’en prend au destin, considère que la vie est injuste ; elle devient amère, se sent incomprise, victime, et part à la recherche de quelqu’un à blâmer. N’importe quoi, sauf de faire son propre examen de conscience ou de tirer une leçon de vie de ce qui lui arrive.

Lorsque nous sommes des personnes qui aiment

Lorsqu’au contraire, nous sommes habités davantage par l’amour sincère pour une ou quelques personnes, un amour qui nous a déjà amenés à faire des efforts pour mieux comprendre l’autre, nous a amenés à nous dépasser et renoncer à nos désirs en certaines occasions pour le bien de l’autre, alors lorsque arrivent des obstacles, des contrariétés, ou encore, lorsque nous avons affaire à des gens qui nous expriment un désaccord, nous sommes «mieux équipés pour faire face» et réagissons en gardant la maîtrise de soi ; grâce à notre amour pour d’autres, nous avons développé des forces, des aptitudes personnelles qui nous rendent capables de faire face à des difficultés avec plus de dignité. Nous sommes prédisposés à être plus objectifs aussi.

De plus, il est hors de question d’agir de façon à décevoir des personnes qui nous sont chères ; donc il est hors de question d’éclater ou de perdre le contrôle de nos réactions émotives, risquant de blesser ou de décevoir une personne aimée, car «dans un tel état d’âme, aucun être humain ne voudra et ne fera jamais rien de répréhensible. Il en sera simplement incapable, car cet amour sera pour lui la plus grande sauvegarde, la plus grande force, le conseiller et l’aide les mieux intentionnés.» (Dans la Lumière de la Vérité, tome 2, chapitre 22)

En fait, le meilleur conseil pour nous permettre le développement de la maîtrise de soi, ce conseil a déjà été donné il y a quelques millénaires : «Faites aux autres ce que vous voulez que les autres vous fassent. Ne faites pas aux autres ce que vous ne voulez pas que les autres vous fassent.» En tenant compte de ce simple conseil de Jésus tous les jours de notre vie, nous développons inévitablement ce contrôle de soi qui nous est nécessaire pour être en harmonie avec notre entourage.

La connaissance des lois universelles

Ce qui aide aussi à la maîtrise de soi, c’est la connaissance des lois de la création, entre autres, une connaissance précise de la loi des semences et des récoltes. Avec la conviction que cette loi nous retourne dans toutes ses nuances ce que nous faisons vivre à notre entourage, nous y pensons sérieusement avant de nous défouler sur quelqu'un ; nous cherchons d’autres alternatives, car nous savons qu’il y aurait ensuite «une facture à payer pour ça» : car même si nous nous sommes crus justifiés de le faire, il faudra quand même goûter à notre tour à tout ce que nos déversements émotifs trop intenses auraient fait vivre à des gens : peur, angoisse, découragement, perte d’estime de soi, insécurité, etc.

Même chose, lorsque nous savons comment fonctionne la vie après la mort, lorsque nous savons comment se détermine notre destin dans l’au-delà. Nous n’avons pas le goût qu’une bonne partie de nos expériences de séjour dans l’au-delà consiste en l’obligation de croiser le chemin de tous ceux qui auront été lésés par nos nombreuses pertes de contrôle pour, soit obtenir un pardon sincère de leur part, soit faire quelque chose pour réparer les blessures causées par ces écarts de comportement, par ces attitudes excessives et malsaines. Et ceci, avant de devoir nous réincarner à nouveau sur terre pour reprendre ce qui a été manqué, côté perfectionnement de notre manière d’être.

Nous souhaiterions plutôt arriver dans l'au-delà avec la conscience des bienfaits que notre amour sincère aura provoqués autour de nous, et ceci juste avant de nous élever vers des plans d’existence magnifiques qui, justement, sont imprégnés d’amour, de Lumière, de beauté.

Exprimer nos émotions avec mesure

Ici sur terre, il faut apprendre à garder le contrôle en tout, même dans la façon d’exprimer un profond désaccord. Nous avons le droit de nous défendre, de nous opposer, de réprimander, d’interdire fermement. Nous avons même le droit de monter le ton, d’être sévères, mais il ne faut pas en mettre plus qu’il n’en faut.

Par exemple, face à la dureté et l’entêtement de quelqu’un, ça peut être correct de parler plus fort pour insister, pour appuyer ce que nous voulons lui faire comprendre. Nous pouvons l’avertir même de mesures sévères ou de pénalités qui s’en suivraient, s’il n’y a pas de changement d’attitude, malgré avertissement. Cependant, il faut que tout cela se fasse sans éclat émotif, sans dénigrement, sans crise ; car ça ne pourrait que choquer davantage l’autre et lui enlever le goût de se réajuster, de collaborer. Il est très important pour ça d’être à l’écoute de notre voix intérieure afin de savoir mettre le bon dosage, rien de plus, rien de moins. Si tout est bien dosé, il n’y a pas de récolte négative regrettable à subir par la suite, parce que le résultat est bon. Et l’autre qui aura subi notre sévérité pourra ressentir ensuite, au fond de lui-même, qu’il a «couru après».

Par contre, faire preuve du même niveau de sévérité envers quelqu’un qui a commis une erreur, mais n’a pas voulu mal agir, qui regrette sincèrement et veut se reprendre, quelqu’un qui est capable de comprendre suite à une conversation calme et objective, cette sévérité n’a pas sa raison d’être ; elle accable inutilement, blesse inutilement et ces blessures inutiles, elles, créent des liens karmiques. Cette sévérité intense avait sa raison d’être lorsqu’elle était appliquée à quelqu’un de dur, mais elle n’a pas sa place envers une personne plus sensible aux autres, qui peut comprendre et se réajuster vite.

L’aptitude la plus importante que nous devons développer lors de notre séjour sur terre, c’est de reconnaître notre intuition, notre «voix intérieure» qui est en même temps la voix du bon sens en nous. C’est de tenir compte en toute circonstance de ce qu’elle nous fait ressentir spontanément. Elle fait partie de notre sensibilité, mais est au-delà des sentiments ou des émotions. S’il faut contrôler nos émotions, nos réactions émotives, l’intuition, elle, peut s’exprimer sans retenue. D’ailleurs, lorsqu’elle se manifeste en toute liberté, elle fait toujours preuve de pondération, de juste mesure et de «gros bon sens». Elle prend le contrôle des sentiments et les amène à s’exprimer de façon bien ajustée… plus intense à certains endroits, plus modérée en d’autres endroits, mais toujours harmonieuse.

Se préparer à certaines situations critiques

Il y a des situations où on est davantage prédisposé à perdre patience, et ainsi à faire ou à dire des choses hors mesures : par exemple quelqu’un qui construit quelque chose et, parce qu’il rencontre des complications, se fâche et finalement, détruit ce qu’il était en train de fabriquer ; ou encore, se traite lui-même de nul, d’incompétent, etc. parce que le travail ne va pas aussi bien qu’il ne se l’était imaginé. Et même les personnes de son entourage peuvent être blessées par son comportement.

Celui qui s’est ainsi impatienté peut le regretter par la suite, s’en vouloir d’avoir agi d’une façon aussi brutale, et se jurer que ça ne se reproduira plus… mais oublie de planifier une façon de faire pour que justement, ça ne se reproduise plus. Dans cette planification, il faut prévoir le moment idéal pour faire ce travail, en choisissant de préférence un moment où on est bien disposé et où on a beaucoup de temps devant soi. Il faut prévoir et s’attendre à l’avance aussi à ce que des difficultés se présentent, même si on ne sait pas encore lesquelles, se mettre bien en tête qu’il est normal que ça arrive dans des tâches où on n’a que peu d’expérience.

Il faut se parler à soi-même aussi et admettre que, si on n’a pas beaucoup d’expérience dans une tâche précise, il est normal d’avoir à y mettre beaucoup plus de temps qu’une personne expérimentée, qu’il est normal aussi de se heurter à des obstacles, de se retrouver face à des difficultés insurmontables pour lesquelles nous aurons besoin de conseils éclairés d’un personne d’expérience… peut-être qu’il s’agit aussi d’un travail qu’il faut absolument confier à des mains expertes, car il est normal qu’un profane en la matière y rencontre trop de difficultés et ne passe tout simplement pas à travers.

Prendre soin de son corps

Enfin, un dernier conseil : il faut veiller à prendre soin de son corps. Le manque de repos, la fatigue nerveuse, le surmenage peuvent amener quelqu’un à éclater là où il ne l’aurait pas fait, s’il avait été mieux disposé. Ce n’est pas une excuse puisqu’il faut soigner ce corps ou cette enveloppe qui nous est prêtée pour notre vie terrestre, autant par une alimentation équilibrée que par un repos suffisant et de l’exercice.

Et si quelqu’un se connaît assez bien pour savoir que les abus d’alcool l’amènent dans des états où il est à risque de léser son prochain, de le blesser physiquement ou moralement, son devoir est de s’abstenir à tout prix. Même si son entourage tend à l’excuser facilement en disant qu’il «n’était pas dans tous ses états», que ce n’est pas sa façon d’agir habituelle, la loi des semences et des récoltes, elle, continue à enregistrer tout avec grande précision pour l’amener un jour à «goûter» exactement aux expériences difficiles qu’il a fait vivre à d’autres, même lorsqu’il «n’était pas dans tous ses états»… par sa propre faute. Il n’y a donc aucune excuse.

Conclusion

La capacité de se maîtriser, il est important de la développer ; les efforts demandés en valent vraiment la peine ; ça nous permet de gagner bien plus facilement la confiance de notre entourage ; ça nous donne plus de stabilité dans nos relations amicales ou dans notre relation amoureuse. L’équilibre émotif qu’on y gagne nous permet d’être plus heureux aussi. Sans oublier tout ce qu’on peut s’éviter comme ennuis ou conséquences regrettables.

Au cours de la vie terrestre, il n’est pas possible d’être heureux et «bien dans sa peau» sans avoir à fournir des efforts dans diverses situations. Si nous choisissons le laisser-aller, nous optons pour un chemin au bout duquel il y a toujours une lourde dette à payer.

La capacité de garder la maîtrise de soi, c’est comme les muscles de notre corps, ça se développe ; au début, les efforts semblent exigeants ; et si nous croyons qu’il en sera toujours ainsi, mais que nous poursuivons quand même nos efforts, nous réalisons, à un moment donné, que le même niveau d’effort ne semble plus aussi douloureux qu’avant, et qu’à la longue, il peut même devenir agréable, comme ça arrive pour quelqu’un qui fait régulièrement de l’exercice physique.

Guy Poulin

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