«Aimez toute la création, autant l’ensemble que chaque grain de sable. Aimez chaque feuille, chaque rayon de lumière, chaque animal. Si vous aimez chaque chose, vous percevrez le mystère en chacune d’elle, et lorsque vous percevrez cela, vous grandirez chaque jour dans cette compréhension, jusqu’à ce que vous en veniez à aimer le monde entier d’un amour complet et universel.» Dostoïevski, Les Frères Karamazov
Il y a quelques décennies de cela, l’été signifiait pour ceux qui vivaient dans la chaleur de la ville, de prendre des vacances au chalet, au frais dans la forêt et près d’un lac. Cela signifiait aussi de quitter un monde plein de tensions – celui de la ville et du travail – pour aller se refaire une santé dans le calme de la campagne. Pour certains, cela s’apparentait à une sorte de retraite spirituelle.
Aujourd’hui, on prend des vacances en toutes saisons, et souvent pour aller dans le Sud au soleil. Mais la magie du terroir nous parle encore. Dans ce cas, ce n’est pas l’exotisme qui nous anime, mais plutôt le fait de retrouver des racines oubliées. Comme celles qui nous relient aux éléments : l’air frais, l’eau du lac ou de la mer, la forêt, le feu de bois…
Ces vacances offrent à l’intellect la possibilité de se reposer, de se mettre au vert. Pendant que l’âme se ressource et fait le plein de nouvelles énergies.
On apporte aussi des livres en vacances, pour les jours de pluie ou pour lire à l’ombre, tranquillement, dans un état presque méditatif. Mais l’expression «lectures de vacances» a souvent pris le sens péjoratif de lectures légères et faciles.
Or, rien n’oblige que ces lectures soient superficielles, au contraire, puisque ce genre de vacances offre l’occasion d’une retraite silencieuse. Sur le lac, au coin du feu, sous les étoiles…
Plutôt que d’être superficielles, ces «lectures de vacances» devraient être spirituelles, puisque c’est avant tout l’esprit qui doit se ressourcer, en puisant à la source de son existence.
Des questions nous traversent dans notre jeunesse, alors que nous découvrons le monde et que nous le remettons en question. Devant la difficulté d’y répondre, nous pouvons choisir de nous en détourner et de consacrer tout notre temps au travail, aux loisirs et aux divers problèmes matériels, en évitant le silence où nous attendent ces interrogations.
Nous sommes en vacances avec nos enfants ou nos petits-enfants et les questions fusent. Les enfants posent beaucoup de questions, c’est leur spécialité. Ils s’en déchargent tout de suite sur les adultes, qui se doivent d’y répondre. Mais que vont répondre ceux qui tentent d’ignorer ces questions ? Vont-ils inviter les enfants à faire de même… et à laisser ainsi s’éteindre en eux la flamme ?
…Ou profiteront-ils plutôt de cette occasion pour poursuivre leur recherche sur ces questions demeurées en suspens ? Il faudrait qu’ils le fassent par amour pour ces enfants qui cherchent avec tant de candeur, et par amour aussi pour l’enfant qui attend en eux.
Car devenir adulte ne devrait pas impliquer d’éteindre en soi le questionnement et la candeur de l’enfant, mais plutôt de les épanouir dans l’action et la réalisation.
Normand Charest
Si vous souhaitez réagir à cet article, vous pouvez le faire en écrivant à lecteurs@graal.ca.