Antoine de St-Exupéry était aviateur et écrivain. C’est d’ailleurs son expérience de pilote qui est à la base de la plupart de ses livres, qui lui vaudront plusieurs prix littéraires et un grand succès, autant en anglais qu’en français.
Mais la Seconde Guerre mondiale venait de débuter en Europe. De New York où il séjournait, Saint-Exupéry retournera en France afin de participer à de dangereuses missions de reconnaissance aérienne. En 1940, revenu à New York, il écrira Pilote de guerre à partir de ses récentes expériences. Ce livre connaîtra un succès immédiat.
La reconnaissance de son œuvre aurait dû le rendre heureux ; ce ne fut pourtant pas le cas. En 1943, son angoisse inquiète ses proches. L’épouse de son éditeur new-yorkais lui suggère d’écrire un conte pour enfants, à partir de ce petit personnage qui l’accompagne, depuis au moins trois ans, dans les marges de ses lettres. Il se met tout de suite au travail, avec beaucoup de zèle et d’enthousiasme.
Mais, écrit dans un tel climat, ce conte ne pourra pas être d’une facile superficialité. Sans aller jusqu’à la fable philosophique, il sera déjà plus qu’un simple divertissement. Ainsi écrivait-il : «Je n’aime pas qu’on lise mon livre à la légère.»
Il ne manque pas, d’ailleurs, de nous le signaler dès le début du Petit Prince, dans sa dédicace à son ami Léon Werth, où l’on apprend que «cette grande personne habite la France où elle a faim et froid» et qu’elle «a bien besoin d’être consolée».
Après la réussite de Terre des hommes et de Pilote de guerre, on ne pardonne pas à un «penseur» sérieux de jouer ici les Andersen, en pleine période de résistance (la France est sous occupation allemande). Après cette première réaction, on tentera au contraire d’aborder l’œuvre avec trop de sérieux… «J’ai beaucoup vécu chez les grandes personnes, écrit-il dans Le Petit Prince. Je les ai vues de très près. Ça n’a pas trop amélioré mon opinion.»
Après la publication de son Petit Prince, il voudra retourner en mission au-dessus de la France, mais cette fois sous commandement américain.
Le 31 juillet 1944, il mourra en plein vol, sans toucher terre. Il disparaîtra sans laisser de traces, comme le petit prince de son livre, emporté par un vol d’oies sauvages.
En 1998, un pêcheur retrouve un bracelet dans ses filets, où le nom Antoine de Saint-Exupéry est gravé, avec celui de son épouse Consuelo et de son éditeur new-yorkais.
Le Petit Prince, son livre le plus aimé (publié en 80 langues)… Étrange destin que ce petit livre, à peine pardonné lors de sa parution, soit celui qui aura gardé le nom de Saint-Exupéry vivant dans nos mémoires depuis si longtemps. Qui se souvient des romans pour adultes de Hans Christian Andersen ? Étrange pouvoir des contes pour enfants – amusements en apparence futiles – qui survivent à toutes les modes littéraires, alors que sont souvent oubliées bien des œuvres qui se voulaient plus sérieuses.
C’est à travers ce personnage rayonnant de candeur qu’il transmet ses profonds idéaux, à une époque où sa déception est la plus amère.
Le petit prince aux mèches de soleil aide tous ceux qui se laissent transporter dans son univers, à approfondir les qualités du cœur. Ses découvertes dans les mondes inconnus font réfléchir ceux qui l’accompagnent. Fréquentons-nous souvent la planète du roi, celle du vaniteux, du buveur, du businessman, de l’allumeur de réverbère, du géographe ? Sommes–nous un aguilleur de train ou un marchand de pilules perfectionnées ?
Chose certaine, personne ne voudrait décevoir ce petit prince ! Lorsque l’adulte n’a de regard que sur lui-même parce que c’est lui le plus important ; lorsqu’il ne pense qu’à ses idées parce que personne n’est aussi brillant que lui ; lorsqu’il court après la montre parce qu’il est trop pressé ; lorsqu’il oublie ceux qui sont à ses côtés parce qu’ils sont toujours là ; lorsqu’il a perdu ses sourires sur le chemin parce qu’il n’en a plus besoin, alors il n’a pas suivi ce petit prince jusqu’au bout.
Peut-être que chacun a, au fond de lui, un petit prince qui rêve à un monde meilleur… et qu’il s’agit simplement d’aller à sa rencontre ? Peut-être que dans le silence, nous pourrions l’apercevoir ? Il n’est pas nécessaire pour cela de tomber en panne au milieu du désert.
Mais le petit prince aux cheveux d’or d’Antoine de St-Exupéry a laissé un secret : On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux !
Les secrets sont à la mode dans les livres, actuellement, mais celui-ci est absolument vrai du point de vue spirituel. Car si l’intellect et nos cinq sens sont limités à la matière, le «cœur» (c’est-à-dire l’intuition) nous permet de nous relier au spirituel… et de voir ainsi l’essentiel, qui est invisible aux yeux terrestres.
Ginette Cyr-Charest et Normand Charest
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