La sévérité dans l’éducation des enfants - I

Dans ce document de quelques pages, l’auteur nous donne l’occasion de réfléchir sur la place de la sévérité dans l’éducation des enfants, sur une juste fermeté qui est faite d’amour, et offre aux parents une suite d’outils bien utiles pour parvenir à ce but, des outils qui sont le fruit de nombreuses années d’expérience en psychologie scolaire et de faits vécus.

Quelques préjugés à combattre

Au cours des décennies passées, on considérait que les parents éduquaient leurs enfants avec sévérité. Quand les plus âgés parmi nous se rappellent cette sévérité, ils se souviennent des cris des adultes envers leurs enfants, des punitions humiliantes, des tapes, etc.

On dit par ailleurs qu’aujourd’hui, les parents sont «trop mous», cèdent trop volontiers aux caprices de leurs enfants dont certains deviennent en quelque sorte, des «enfants-rois» à cause de trop de permissivité. On conseillerait à ces parents d’être plus sévères, mais pas de revenir à la dure sévérité d’autrefois.

Peut-être s’imagine-t-on que la sévérité, c’est d’exiger l’obéissance absolue. Même si on reconnaît que la sévérité a toujours sa place dans l’éducation des enfants, on souhaiterait qu’elle soit plus humaine, plus respectueuse envers l’enfant. Ce genre de sévérité existe effectivement.

L'amour

Nos enfants sont comme nos «petits trésors». Nous retrouvons en eux un charme qui nous fait du bien. Quoi de plus rafraîchissant que de redécouvrir le monde à travers leur regard candide et émerveillé. Nous souhaiterions que nos enfants nous apportent toujours un tel bonheur, et alors, nous sommes volontiers leur protecteur, leur ami, leur accompagnateur.

Hélas, il leur arrive aussi d'exagérer et de se conduire mal. Nous essayons alors de les avertir gentiment, de solliciter leur bonne volonté. Nous espérons qu'ils puissent comprendre notre message et que leur comportement inapproprié ne se reproduise plus...mais tout ça se répète, se répète encore et devient même quelque chose qui semble «installé pour durer». Nous voilà donc déçus de voir notre «petit trésor» mal se conduire, attristés d'avoir à changer notre attitude envers celui qui nous avait pourtant déjà apporté de grandes joies.

Nous savons – et nous en avons le pressentiment – qu'il faut devenir sévères envers lui, à cause de ses comportements abusifs. Nous ressentons qu'il le faut, mais nous ne voulons pas devenir des durs et des «bourreaux» non plus.

Être ferme, au lieu d'être dur

Partons d'un premier exemple : deux enfants jouent ensemble. Au début, tout va bien; puis, tout à coup, le ton monte entre les deux, puis , ce sont les cris...les tiraillements, les bousculades; il faut intervenir rapidement !

Allons-y d’une intervention courte et simple du genre : «Arrêtez !...Ça suffit !» et, une fois que nous obtenons leur attention, offrons-leur l'alternative suivante : celle de mettre fin à leur jeu immédiatement, ou celle de mettre fin à leurs comportements agressifs immédiatement et pouvoir poursuivre leur jeu plus paisiblement.

Si les enfants continuent leur mauvais comportement sans avoir annoncé verbalement leur décision, ça signifie l’arrêt immédiat du jeu…jusqu’à ce que les enfants, de leur propre initiative, promettent, avec assez de conviction, qu’il n’y aura plus de problème de comportement entre eux, s’ils peuvent poursuivre le même jeu. Et alors, on les informe qu’on accepte, mais qu’il n’y aura pas d’autre chance par la suite.

Quand les parents annoncent une telle décision, c'est qu'ils se sentent vraiment déterminés à la faire respecter et à tenir leur bout.

Ici, il n'y a eu aucune moralisation, pas de cri non plus; seulement une intervention ferme et intransigeante, avec l'avertissement d'une conséquence précise, si le mauvais comportement n’arrête pas. Cet avertissement peut-il être considéré comme une sorte de menace, de tentative d'intimidation de la part du parent ? Non ! Étant donné que le parent est déterminé à appliquer cette conséquence, alors, il peut en informer les enfants, histoire de leur donner une chance d’éviter cette conséquence, au lieu de les prendre par surprise avec une sanction à laquelle ils ne s'attendaient vraiment pas.

Un deuxième exemple : des parents reçoivent une information sur le fait que leur enfant a été particulièrement agité aujourd'hui à l'école. À son retour à la maison, le jeune est sermonné, moralisé sévèrement et est informé qu’il en aura pour une semaine sans quitter la maison, le soir.

J'ai connu des parents qui ont fait ça : obliger leur enfant à rester dans la maison, en soirée, pendant une semaine. Le comportement de leur enfant s'est amélioré à l'école...tout au plus pour deux jours...et l’enfant a récidivé, alors même que la punition d'une semaine n'était pas encore terminée.

Le psychologue de l'école leur a proposé plutôt de se tenir informés quotidiennement du comportement de leur enfant à l'école – par voie d'une courte note envoyée à chaque soir dans l’agenda de l’enfant – pendant un certain temps. De cette façon, ils pourraient sanctionner leur enfant le soir même, et seulement un soir à la fois. Le lendemain serait une nouvelle journée, un nouveau départ.

Les parents ont effectivement appliqué ce conseil et le comportement de leur enfant s'est amélioré de façon plus marquée ainsi. La sanction était appliquée plus vite et avec plus de justice.

Punir pendant une semaine, c'est – sans s'en rendre compte – punir les prochaines journées au cours desquelles l'enfant se conduira mieux. Il se conduit mieux et pourtant, il est puni quand même au retour à la maison. Alors il se dit : «A quoi bon me conduire mieux, puisque je vais quand même être puni ce soir ?» C'est de là que provenait la rechute de son comportement.

Ce n'est pas la même chose si un enfant obtient un droit et se montre incapable de prendre la responsabilité qui va avec ce droit. On peut alors lui retirer ce droit pendant un certain temps, et réessayer à nouveau un peu plus tard. Par exemple, un enfant obtient pour la première fois la permission de se rendre chez son ami à bicyclette et, voilà que les parents découvrent que, sur ses va-et-vient, il se comporte de façon très imprudente avec sa bicyclette. Les parents peuvent alors lui retirer ce privilège pendant une certain temps, histoire de lui faire comprendre l'importance d'assurer sa propre sécurité.

C'est un privilège perdu parce que les parents ne lui font plus confiance; c'est pourquoi ce genre de «pénalité» peut durer plus longtemps. Il y a surtout la gravité de la situation : quand on voyage à bicyclette sur une voie publique, une seule erreur peut être fatale et irréparable; alors il faut que la conséquence fasse vraiment réfléchir et fasse prendre des bonnes résolutions à tout prix.
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Guy Poulin

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