Dans notre enfance, on disait de novembre qu’il était le mois des morts. Cela commençait d’ailleurs par la mascarade de l’Halloween, la veille du 1er novembre, alors que les morts que nous personnifions revenaient visiter les humains de la Terre et exigeaient d’eux une sorte de rançon de bonbons. C’était un jeu ancien, venu d’une lointaine époque celtique, dont nous étions les acteurs inconscients.
En ce temps-là déjà, plus personne ne prenait ce jeu au sérieux, on en avait oublié jusqu’à l’origine, mais le mois des morts continuait à vivre dans les traditions chrétiennes, et les adultes pensaient à leurs proches disparus.
Dans mon cas, je pense encore à un frère né un 9 novembre, maintenant décédé, alors que je me promène dans le quartier de notre enfance, notant ce qui a changé, admirant les grands arbres toujours vivants, dont les larges feuilles recouvrent les trottoirs. Je le fais avec beaucoup de sérénité, me remémorant les bonnes choses vécues ensemble et lui envoyant mes pensées les plus amicales, où qu’il soit. Sur un plan plus léger ou peut-être revenu sur Terre, enveloppé d’un nouveau corps, portant un nouveau nom, abordant une nouvelle vie.
Le printemps nous apporte le bonheur, que l’été poursuit, et nous craignions un peu ce novembre d’après les récoltes, un temps de pluies froides, d’arbres noirs et de ciels gris. C’est la «mort» de la nature qui nous fait penser à la nôtre. Pourtant, tout comme la nature ne meurt pas vraiment, mais toujours se métamorphose, pour nous aussi la mort ne signifie pas une fin, mais une continuité sous d’autres formes.
Cette mort apparente de la nature nous donne l’occasion d’apprivoiser la nôtre. Elle peut nous sembler fatale, si notre conscience se limite à la matière, à notre corps physique et à notre cerveau, effectivement périssables tous les deux.
Mais elle doit nous sembler naturelle, si nous comprenons qu’il n’y a pas de frontière entre la vie sur Terre et la vie dans l’au-delà. Si nous comprenons que ce plan matériel n’est qu’une partie d’une réalité beaucoup plus grande, et que cette vie sur Terre n’est qu’une étape de notre existence réelle, qui est spirituelle.
Normand Charest
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