Le voyage à Bethléem ne fut qu’une longue suite de désagréments pour Marie. Elle et Joseph s’étaient joints à une caravane et devaient sans cesse aller de l’avant sans pouvoir tenir compte de l’état de Marie qui était enceinte.
Le couple fut obligé de loger dans des auberges bondées. Pendant des jours, ils ne trouvèrent dans des chaumières délabrées que des couches misérables où Marie se laissait tomber, à bout de force. Mais, lorsqu’elle fermait ses yeux brûlants, elle ne pouvait s’endormir avant longtemps. Ce n’était que peu de temps avant le départ qu’elle sombrait dans un sommeil agité.
Elle était contente malgré tout ; elle souriait à Joseph qui marchait à côté du petit âne qui la portait. Il ne fallait pas qu’il se doutât combien le voyage était pénible pour elle, il ne fallait pas qu’il s’inquiétât à cause d’elle.
Enfin, on approcha de Bethléem – le but était atteint. Le sourire de Marie n’était plus affecté, Bethléem allait la dédommager de toutes les souffrances endurées !
Joseph se redressait à vue d’œil, son pas devenait plus assuré.
– Bientôt, Marie, dit-il en levant le regard sur elle, bientôt tu trouveras le repos. Je choisirai la plus belle auberge, tu auras la plus grande chambre et le lit le plus doux.
Marie en eut un sourire ému.
– Je sais que tu feras tout pour me faire plaisir ; je t’en remercie.
Et ils arrivèrent à Bethléem. La petite ville paraissait surpeuplée. Joseph courut d’auberge en auberge. À chaque fois qu’il saisissait le petit âne par la bride pour le conduire plus loin, son visage devenait de plus en plus triste, ses haussements d’épaules plus désabusés.
Et, soudain, alors que partout on lui avait donné la même réponse négative, il entendit derrière lui un cri à demi étouffé. Joseph se précipita et eut tout juste le temps de recevoir dans ses bras Marie évanouie qui allait tomber de l’âne.
Joseph regarda alentour pour trouver de l’aide. Alors, il vit un homme sortir en hâte de la maison devant laquelle ils s’étaient arrêtés. Celui-ci avait remarqué l’incident.
– Porte cette femme dans ma maison, Joseph ben Eli !
Joseph regarda le vieillard bien en face, puis s’écria joyeusement :
– Lévi, ami de mon père, je te remercie !
Puis, suivi de Lévi, il porta Marie dans la maison. Il la coucha avec précaution sur le lit que Lévi lui indiqua. Une servante accourut pour s’occuper de la femme évanouie. Les deux hommes quittèrent la chambre en silence. Joseph serra chaleureusement la main du vieil ami de son père.
– Voilà des heures que nous cherchons à nous loger ; il n’y a de places nulle part ; aucun de nos anciens amis n’a pu nous héberger et maintenant, alors que nous étions complètement épuisés, le ciel nous a conduits devant ta maison !
– Ta joie est prématurée, Joseph ; mon non plus, je ne peux pas t’héberger. Sache que mes fils doivent arriver aujourd’hui même et qu’ils occuperont toute la place disponible.
– Tu ne peux m’accueillir ? Il n’y a pas de place ? Mais il le faut, Lévi. La grossesse de ma femme est fort avancée, elle mourrait si elle ne pouvait trouver de repos. Il doit tout de même bien y avoir quelque part un endroit où elle puisse se reposer !
Le vieux Lévi secoua la tête, puis il murmura :
– Si tu voulais te contenter d’un gîte à la bergerie…
– Volontiers, Lévi. Oh, n’importe où – pourvu qu’elle puisse se reposer.
– Les moutons sont dans les champs, peut-être pourriez-vous vous installer, si vous voulez bien vous en contenter…
– Merci, Lévi, merci ! Il serait bon que je puisse y aller tout de suite pour y mettre un peu d’ordre. Nous y serons comme dans un palais, nous sommes tellement fatigués !
Lévi se leva avec complaisance. «Viens, je vais te montrer le chemin, mais je crains…» Le reste ne fut qu’un murmure indistinct.
Joseph suivit le vieillard. Il était content. Il se mit à nettoyer l’étable avec zèle. Il s’efforça aussi d’y mettre un peu d’ordre.
Ce n’était pas la plus belle auberge de la ville qu’il avait trouvée, ni la plus grande chambre, ce n’était qu’une bergerie vide, basse et étroite ; de tout ce qu’il avait espéré, il ne restait qu’une dure couche de paille et cependant, elle semblait parfaite à Joseph. Il avait trouvé pour sa femme un endroit où elle pourrait se reposer un jour ou deux tout au plus. D’ici là, il aurait depuis longtemps découvert une auberge où se loger convenablement. Fort de cette perspective réconfortante, il alla voir Marie.
À suivre la semaine prochaine