La Nativité, extrait de Résonances des millénaires enfuis (2e partie)

Des rayons argentés filtraient par les petites fenêtres de l’étable. Scintillants, ils glissaient à travers la pièce sombre, effleuraient le sol inégal, passaient par-dessus les crèches où pendaient encore quelques bribes de foin puis s’attardaient longuement sur la silhouette de Marie endormie.

La dormeuse poussa un soupir — un faible gémissement. Puis un tremblement la parcourut toute entière. Elle se réveilla.

Elle avait dormi profondément et sans rêves pendant quelques heures. Telle une mère pleine de sollicitude, le sommeil avait enveloppé la jeune femme épuisée, lui faisant tout oublier.

Marie ne reconnut pas tout de suite l’endroit où elle se trouvait. Ce n’est que peu à peu qu’elle se souvint d’être à Bethléem dans une étable.

Elle leva les yeux vers les deux minuscules fenêtres à présent inondées d’une clarté argentée. Marie était tout à fait réveillée, délivrée de cette fatigue paralysante qu’elle avait éprouvée tout au long du voyage.

Alors, une douleur aiguë la pénétra, la même qui l’avait réveillée. Marie ouvrit la bouche comme pour lancer un appel, mais elle tourna son regard avec angoisse du côté où Joseph s’était allongé. Sa respiration régulière prouvait à Marie qu’il dormait profondément. Il ne fallait pas le déranger !

Sans tourner la tête, elle contempla de nouveau le clair de lune. Combien de fois déjà ne s’était-elle pas trouvée allongée ainsi pendant la nuit ! Le calme et la douce clarté qui emplissaient la pièce lorsque cette pâle lueur se manifestait, exerçaient invariablement sur Marie un charme profond et inexplicable. C’est alors que toutes les tensions de son corps faisaient place à une bienfaisante détente.

Que ce serait beau si les hommes portaient un tel calme en eux ! S’ils étaient nets et purs comme de précieux instruments qui, sous la main du Créateur, pourraient rendre des sons clairs et vivants ! Au lieu de cela, ils ne portent en eux que confusion et remplissent leurs journées d’idées orgueilleuses qu’ils essaient de transposer dans la réalité. Oh, qu’il fasse clair un jour, que la Lumière perce les ténèbres !

Seigneur, quand enverras-Tu le Messie promis ? Ne m’a-t-il pas déjà été permis de contempler la Lumière ? Des êtres merveilleux ne m’ont-ils pas dit que Tu étais près de moi ? Pourquoi est-il donné à une fille simple comme moi de voir des choses qui demeurent cachées aux autres ? Est-ce vraiment Ta grâce qui m’a rendue si calme ? N’était-ce pas une illusion ?

— Marie !

— Joseph ?

— Tu m’as appelé ?

— Mais dors, Joseph ! Je n’ai pas… oh Joseph ! elle gémit douloureusement.

D’un bond Joseph fut sur pied. Il jeta en hâte don manteau sur ses épaules.

— Ce sont les douleurs Marie ?

Elle ne répondit pas, se contentant de le regarder, mais il lut la réponse dans ses yeux.

— Je vais chercher du secours ; attends, je serai bientôt de retour. La voix de Joseph état rauque, l’émotion l’étranglait. Puis, il sortit précipitamment dans la nuit.

Dehors, il s’arrêta, comme fasciné. Oubliant tout, il leva le regard vers le ciel — ses yeux s’agrandirent subitement, car une implacable clarté rayonnait à la verticale au-dessus de lui, l’obligeant à pencher fortement la tête en arrière pour voir l’étoile qui brillait là-haut.

Joseph regarda l’étoile à la queue étincelante et en frémit. Il lui sembla que l’air tremblait autour de lui. Chargé de tension. Voilà ce que Joseph éprouvait. «Cette étoile – elle annonce le Messie, le Sauveur ! Et cette nuit ta femme aussi attend un enfant !» Joseph tressaillit — il l’avait oublié : Marie attendait du secours ! Il fit un violent effort sur lui-même et courut dans la rue.

Une femme venait à sa rencontre ; il ne vit pas, tant sa hâte était grande, et il poursuivit sa course effrénée.

Mais la femme aperçut l’étoile, elle vit un rayon lumineux toucher une maison basse pendant quelques secondes et, instinctivement, elle y courut.

Sans penser que cette modeste bâtisse était une étable, la femme ouvrit doucement la porte. Pleine d’espérance, elle regarda à l’intérieur, mais, éblouie, chancelante, elle recula. Cette clarté était insupportable pour elle.

— Mon Dieu, pria-t-elle, donne-moi la force de comprendre !

Elle perçut un faible gémissement. Alors, elle fit un suprême effort et put entrer librement.

Lorsque Joseph revint, il vit la lumière briller à travers les petites fenêtres. La femme qui l’accompagnait l’avait suivi de mauvaise grâce. Cet appel nocturne l’importunait. À l’instant même où ils arrivèrent à l’étable, la porte s’ouvrit. Une femme en sortit, ses traits étaient transfigurés. Joseph l’écarta rapidement, mais, après avoir jeté un regard sur Marie, il se retourna.

— Marie ? Ce n’est donc pas… ?

— Ta femme t’a donné un fils, je l’ai aidée…

Alors, il se hâta d’entrer en fermant soigneusement la porte derrière lui.

(Suite la semaine prochaine)

(Extrait de Résonances des millénaires enfuis)

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