Guy Poulin
L’humanité progresse considérablement dans le domaine de la science et de la technologie. On devrait normalement saluer ce progrès comme un moyen susceptible de nous aider à devenir plus heureux, plus épanoui, plus équilibré. Cependant, il y a des événements qui parlent et qui ne cessent de crier haut et fort qu’on a fait fausse route puisque cette supposée meilleure qualité de vie, apportée par le progrès matériel, engendre plus de stress, plus de dépression, et aussi, chez un plus grand nombre de personnes, le désir d’en finir avec cette vie. Une étude réalisée par l’INSPQ conclut que malgré les efforts investis depuis vingt ans dans la prévention du suicide, les taux de suicide n’ont fait qu’augmenter.
Nous aurons peut-être à côtoyer un jour quelqu’un qui, désespéré de sa situation personnelle ou désespérée du monde qui l’entoure, exprimera le désir de s’enlever la vie. Nous aurons peut-être à accompagner les proches d’une personne qui se sera enlevé la vie. Il peut également se présenter sur notre propre chemin des événements particulièrement difficiles qui font très mal à l’âme. Le texte qui suit propose d’abord quelques considérations d’ordre psychologique sur le suicide. Ensuite, le suicide sera abordé d’un point de vue spirituel, aspect primordial peu abordé dans le tourbillon de notre mode de vie actuelle. Pour cette partie, nous nous inspirons d’une œuvre capable d’éclairer totalement tout ce qui concerne le sens de notre vie terrestre et le chemin que nous devons aussi parcourir au-delà de cette vie terrestre. Cette œuvre spirituelle s’intitule Dans la Lumière de la Vérité, Message du Graal. Cet ouvrage est écrit par Abd-ru-shin.
Nous sommes humains, non surhumains
Si on ne veut pas devenir soi-même une personne à risque suicidaire, il faut bien se mettre en tête qu’à un moment ou l’autre de notre vie, on pourrait avoir besoin d’aide. Même s’il est très valorisant d’arriver à régler ses problèmes soi-même, sans aide, et qu’on y arrive dans bien des situations, il peut toujours se présenter sur notre chemin des expériences très difficiles à vivre ou tout simplement, des périodes d’angoisse, de détresse morale qu’aucun événement extérieur ne peut justifier. Dans ces moments particuliers, nous avons inévitablement besoin de quelqu’un qui peut écouter et comprendre, manifester de l’empathie et donner du réconfort. Nous avons besoin de quelqu’un qui nous conseille de la bonne façon et qui nous guide, grâce à sa vision plus dégagée, plus vaste, n’étant pas lui-même terrassé et aveuglé par une vive douleur morale.
Un individu fier et orgueilleux désirant tout faire par lui-même et considérant ne pas avoir besoin des autres, même lorsque cela fait très mal, est une personne à risque. Quand se présentent des situations pénibles vis-à-vis desquelles il se sent impuissant, par exemple : la perte d’un être cher, un divorce ou une séparation, un dur coup sur le plan professionnel ou financier, une mauvaise santé physique ou mentale, etc., le danger de crise suicidaire peut apparaître, même s’il s’est toujours cru fort jusque-là. Car en réalité, il se croit fort, mais il est fragile, fragile comme un arbre dont le tronc est trop rigide et qui, pour cette raison, peut casser ou être renversé par une tempête.
Une personne qui est capable d’apporter de l’aide et de faire du bien à son entourage peut aussi avoir besoin d’aide. Si celle-ci a l’humilité de le reconnaître, elle est comme un arbre dont le tronc a une certaine souplesse. Cet arbre peut courber sous un vent fort, mais se redresser et continuer à vivre, une fois la tempête passée… une tempête qui sème la souffrance physique, l’impression d’être rejeté, abandonné, un deuil important, un échec dur à encaisser ou encore, de fortes angoisses sans raison apparente. En réalité, personne n’est un super héros. Nous sommes tous des humains qui peuvent, certes, tendre la main pour aider leurs semblables, mais qui peuvent aussi avoir besoin d’être aidés.
À travers l’œuvre spirituelle Dans la Lumière de la Vérité de Abd-ru-shin, nous découvrons notre valeur réelle dans la Création. Nous sommes des créatures spirituelles d’une nature plus élevée que les autres genres de créatures de notre entourage ici-bas. Mais nous sommes et resterons éternellement des êtres dépendants de l’aide et de la Force qui proviennent des Hauteurs lumineuses. Dans la mesure où nous nous ouvrons pour accueillir ces irradiations et ces bonnes influences – en toute humilité – dans la mesure aussi où nous acceptons de nous laisser guider, nous devenons des créatures vraiment aidantes pour notre entourage. Pour utiliser encore l’image de l’arbre, «notre tronc est souple parce que beaucoup de sève circule à l’intérieur».
Dans cette œuvre, nous apprenons aussi que l’homme a fortement développé son intellect et a négligé ses facultés spirituelles. Cette façon d’utiliser cet outil qu’est l’intellect a contribué au grand progrès matériel que nous connaissons, mais a amené l’être humain à garder les yeux rivés à la terre en le coupant des aides en provenance de l’au-delà. Il s’est ainsi isolé sans s’en rendre compte et est devenu comme cet arbre dans le tronc duquel il n’y a pas assez de sève qui circule. Ce tronc devient alors plus rigide, plus sujet à être cassé ou renversé lors d’une tempête. Il se peut que nous soyons actuellement comme cet arbre devenu plus raide et par le fait même plus fragile, moins résistant ; mais contrairement à celui-ci, nous pouvons faire en sorte que «de plus en plus de sève se remette à circuler en nous. Ainsi, notre tronc acquiert à nouveau de la souplesse et résiste mieux».
Être à l’écoute d’une personne en détresse
Lorsque quelqu’un vit une grande détresse et prend la bonne initiative d’en parler à une personne en qui il a confiance, il réalise le soulagement que cela apporte de se sentir accueilli et compris même si cela ne lui donne peut-être pas encore de solutions à son problème. Quant à la personne qui accueille, écoute et comprend, elle n’est pas obligée de trouver à tout prix des conseils à donner, ni des solutions. Une compréhension sincère, une attitude d’égards et de considération pour la personne en détresse ne résout pas le problème certes, mais le rend plus facile à supporter. Il se peut que s’installe un état d’âme plus dégagé et qu’alors, des solutions réalistes apparaissent plus facilement. La personne qui se confie devient capable de trouver elle-même de bonnes solutions parce qu’elle se sent plus libérée à la suite de ses confidences ; ou bien elle trouve une nouvelle façon de voir les choses qui rend son problème – jusqu’alors pratiquement insoluble – plus facile à accepter, plus facile à supporter. On peut être aussi un aidant de «première ligne» qui prend le temps d’accueillir, de comprendre, mais qui, ensuite, va guider cette personne souffrante, au meilleur de ses connaissances, vers une personne-ressource (conseiller, intervenant social, psychologue, médecin, etc.) qui sera capable d’aider à trouver des solutions appropriées. On est alors une sorte de «porte d’entrée» vers plus de clarté, vers un nouveau départ.
Il se peut que la personne qui se confie vous signale son désir d’en finir avec la vie et vous demande de garder le secret. Les intervenants dans ce domaine conseillent de ne jamais rester seul avec un tel secret. Il s’agit alors d’être clair sur ce point : vous ne pouvez pas promettre de garder le secret, mais vous pouvez promettre la discrétion. Faites-lui comprendre que vous pouvez avoir besoin de demander conseil sur la façon d’aider. Vous n’avez pas à devenir le thérapeute de la personne en crise suicidaire, même si elle vous exprime que vous êtes le seul ou la seule en qui elle a confiance. Mettez au clair qu’en même temps que vous l’accueillez et restez à son écoute, vous êtes à la recherche d’un véritable aidant à qui vous pourrez «passer le flambeau» parce que celui-ci aura les compétences nécessaires pour aller plus loin dans l’aide à apporter.
Des signes avant-coureurs
On dit qu’une personne qui veut s’enlever la vie laisse toujours des indices sur ses intentions. La réalité démontre que certaines personnes en laissent si peu que tous sont renversés à la suite de son passage à l’acte. D’autres laissent des indices vagues, non évidents. C’est seulement après coup que l’on reconnaît, mais trop tard, qu’il s’agissait d’un message sur ses intentions d’en finir avec la vie.
On n’a pas à se culpabiliser de ne pas avoir vu venir le coup. La personne en détresse garde la responsabilité de faire des appels au secours clairs et décidables par son entourage ; elle ne doit pas s’imaginer que tous sont capables de «lire entre les lignes». Faire un appel au secours clair demande une bonne dose d’humilité, c’est certain. C’est justement l’humilité qui, dans cette circonstance, est «la sève donnant la souplesse au tronc de l’arbre, une souplesse qui va permettre de courber temporairement, sans casser… et permettre de continuer à vivre une fois la tempête passée».
Il y a cependant des messages indirects qui sont parlants. En voici quelques-uns :
- une personne que l’on sait accablée et qui nous informe qu’elle va bientôt partir en voyage sans préciser la destination ;
- quelqu’un qui se met à faire don des objets qui lui sont chers ;
- quelqu’un qui fait allusion au fait que ses problèmes vont bientôt se régler sans préciser comment ;
- le regain de vie subit d’une personne habituellement accablée sans qu’aucune aide particulière ne lui ait été accordée ; comme si, miraculeusement, ses problèmes étaient partis tout seuls. C’est qu’elle a pris une décision ferme de s’enlever la vie prochainement et, dans ses illusions, a déterminé une date limite pour mettre fin à ses problèmes. Elle se sent un peu comme une personne qui va bientôt prendre sa retraite et qui aborde les problèmes reliés à son travail avec plus de détachement parce qu’elle sait que bientôt tout sera terminé.
L’intervention verbale que l’on peut se permettre de faire à la suite de tels indices se résume en ces termes : «Je suis inquiet. J’ai l’impression que tu ne veux plus vivre, que tu veux même en finir prochainement avec la vie. Est-ce que mes inquiétudes sont fondées ?»
Si la personne répond «non», on peut lui demander des précisions sur ses états d’âme actuels. On essaie de vérifier si elle a des projets précis, à court ou à moyen terme, ne serait-ce que des activités pour se faire plaisir, si elle trouve actuellement des «petits bonheurs», un peu de joie ou de l’intérêt pour certaines choses.
Si la personne répond»oui» et confirme nos inquiétudes, on peut enchaîner avec la question suivante : «Qu’est-ce qui te fait mal au point de vouloir en finir avec la vie ?». Cette question est posée dans le but d’amener la personne à parler de sa souffrance. Car le premier but visé par une personne en crise suicidaire n’est pas la fin de l’existence, mais la fin d’une grande souffrance. Et, à cet instant précis, le suicide lui apparaît comme la seule solution possible.
Il faut vérifier ce qu’on appelle «l’urgence suicidaire» afin de savoir si on doit donner suite immédiatement ou si on peut se permettre d’attendre un peu. Autrement dit, doit-on mettre cette personne en contact avec quelqu’un qui peut l’aider rapidement ou peut-on se permettre de s’en occuper un certain temps avant d’établir ce contact ? Globalement, il s’agit de savoir si, cette personne qui songe à mettre fin à ses jours, a pensé ou non au moment ainsi qu’au moyen qu’elle compte utiliser pour le faire. Quand le niveau d’urgence est élevé, on n’attend pas l’autorisation de la personne en crise suicidaire avant de créer le contact avec quelqu’un qui peut vraiment l’aider. On le fait contre son gré — s’il le faut — quitte même à perdre son amitié et sa confiance, car ici, il ne s’agit plus uniquement de l’aider, mais de la sauver, de la protéger contre elle-même.
Dans le domaine de l’intervention psychologique, des ressources humaines ainsi qu’une littérature abondante sont à notre disposition pour nous aider à identifier les signes avant-coureurs et nous conseiller sur les attitudes et décisions à prendre pour aider les personnes en crise suicidaire. Examinons donc maintenant cette importante question qu’est le suicide avec l’éclairage spirituel que nous apporte l’œuvre Dans la Lumière de la Vérité.