Du 12 au 28 février 2010 auront lieu à Vancouver les XXIes Jeux olympiques d’hiver. Des athlètes de plus de 80 pays se rencontreront pour se disputer 86 médailles dans des sports d’hiver allant des compétitions de ski aérien, à la luge, au ski nordique, et aux sports de glace.
Si nous laissons de côté tous les aspects controversés des Jeux olympiques et n’en regardons que les côtés positifs et exaltants, nous devons admettre que ces Jeux sont un spectacle de choix, mais qui parfois laisse perplexe, même dans ses aspects les plus glorieux.
L’être humain, de même que bien des animaux, est une créature ainsi faite qu’elle attribue un sens à ses modes de perception, ses pensées et actions et au monde autour d’elle. Nous nous construisons une vision du monde et des choses qui a un sens pour nous. Ceci varie pour chaque personne, mais pour chacune d’elle, il y a tout un système cohérent de valeurs, d’expériences et de pensées qui lui servent d’assise et d’appui tout au long de sa vie.
Si on en vient aux Jeux olympiques, une grande majorité de personnes y voient une compétition entre athlètes, basées par un système de règles, dans lequel le meilleur gagne. L’honneur revient au gagnant, avec tous les bénéfices qui y sont associés, et les perdants sont laissés pour compte. Meilleure chance la prochaine fois !
Cependant, ce qu’on voit maintenant, dans certaines compétitions, contredit cette vision des choses, et nous laisse littéralement dans une situation «cognitive» inconfortable : les faits ne soutiennent pas cette vision.
Imaginez la scène, fictive, mais basée sur des faits observés lors des derniers Jeux olympiques que j’ai regardés à la télévision. Une compétition de ski se termine, et les vainqueurs montent sur le podium. Le médaillé d’or a fini avec un temps de 96,18 secondes, le médaillé d’argent avec un temps de 96,19 secondes, et le médaillé de bronze, avec un temps de 96,20 secondes.
Le quatrième athlète, laissé pour compte sur le podium, a terminé avec un temps de 96,21 secondes. L’intervalle entre les dix premiers compétiteurs est sous le seuil du 1/20 de seconde, et entre le premier, qui remporte tous les honneurs et les contrats lucratifs, et le quatrième qui repart chez lui les mains vides, il n’y a que 3/100 de secondes.
Devant un pareil résultat, la cérémonie de remise des médailles perd tout son sens : qui peut nommer des événements de la vie de tous les jours pour lesquels 3/100 de seconde a un sens, en dehors de la machinerie et de la technologie ? L’être humain peut comprendre viscéralement le sens d’une seconde, et même d’un peu plus vite qu’une seconde – une demie, peut-être même un quart. Mais pas un centième, ni trois. L’oeil humain ne perçoit même pas cette différence.
Quant à moi, tous ces athlètes sont des gagnants au même titre. Ce sont tous des exploits tellement exceptionnels que chacun aurait dû recevoir une médaille, tellement ces gens sont des athlètes accomplis. Il n’y a aucun sens à ce que le quatrième retourne chez lui les mains vides.
Si on accordait les médailles sur la base d’une différence d’une seconde entre les résultats, nous aurions 10 athlètes recevant une médaille d’or, 8 la médaille d’argent, et 12 la médaille de bronze. Trente athlètes honorés. Et c’est là le nerf de la guerre. Honorer trente athlètes sur la base de leur performance exceptionnelle choque le sens du «Premier, deuxième, troisième et ainsi de suite» dans une compétition, et ne pas les honorer choque le sens autrement.
Cela représente une dissonance par rapport à notre système de croyances sur la compétition et les gagnants. Quel est le sens d’une compétition si la grande majorité des participants est sur la même ligne d’arrivée quasi au même moment parce que nous avons atteint l’extrême limite des possibilités du corps humain et qu’on ne peut plus améliorer nos performances que par quelques poussières qui se mesurent en centième de secondes ? Une petite brise isolée le temps d’une seconde, une petite inégalité de quelques flocons agglomérés laissée par l’appareil qui prépare la neige sur le parcours, et voilà la différence d’un centième de seconde. Cela n’a plus de sens.
Pas plus d’ailleurs que de se lancer à une vitesse effrénée sur une pente raide pour obtenir honneurs et contrats au risque de sa vie – un dérapage et c’est la mort quasi certaine ou la paralysie à vie –, mais cela, c’est une autre histoire.
Les prochains Jeux olympiques débuteront bientôt. Souhaitons-les les plus nobles et les plus enrichissants possible !
Diane Labrosse
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