L’abbé Pierre est décédé le 22 janvier 2007, après une vie consacrée à lutter contre la misère et l’injustice. Dans son incompréhension face au mal qui règne sur Terre et qui engendre tant de souffrances, il écrivit peu avant sa mort un texte intitulé : «Lettre à Dieu», qui fut lue lors de la cérémonie de son inhumation. Dans ce texte, il pose à Dieu la question du pourquoi du mal : «Alors que Vous avez le pouvoir de le faire cesser, comment comprendre que subsiste le mal ?»
UNE QUESTION FONDAMENTALE
Cette question n’est pas nouvelle. L’être humain se la pose depuis fort longtemps. Elle est fondamentale, car l’existence du mal semble remettre en question l’existence de Dieu. En effet, si Dieu existe et qu’Il est bon, juste et tout-puissant, comment expliquer la présence du mal ?
Si Dieu peut supprimer le mal, mais ne le veut pas, on pourrait en conclure qu’Il n’est pas bon. S’Il le voulait, mais ne le pouvait pas, Il ne serait pas tout-puissant. S’Il ne le pouvait ni ne le voulait, il ne pourrait faire régner la justice. Or, sans amour, toute-puissance et justice, Dieu n’est pas Dieu. La conviction intime de tout croyant est cependant que Dieu existe. Alors pourquoi tolère-t-Il le mal ? Pourquoi ne décide-t-Il pas de le supprimer, ou de le réprimer et le détruire chaque fois qu’il apparaît ?
L’ÊTRE HUMAIN POSSÈDE ÉGALEMENT UNE CAPACITÉ DE DÉCISION
La capacité de décider confiée par le Créateur à l’être humain est ce que l’on appelle le libre arbitre. Ce dernier lui permet non seulement de prendre des décisions, mais aussi de les prendre absolument librement. Cette liberté lui permet donc aussi de prendre de mauvaises décisions, c’est-à-dire des résolutions qui vont à l’opposé du bon sens et qui sont contre nature, c’est-à-dire contre les lois naturelles.
DE L’ORIGINE DU MAL
Les lois de la nature sont l’expression de la Volonté du Créateur. Elles montrent la manière dont Dieu désire que les choses fonctionnent. Dieu étant bon, les lois sont toujours promotrices et apportent bienfaits et joie aux créatures qui vivent en harmonie avec elles. Agir dans leur sens, c’est faire le bien. Cependant, parmi toutes les créatures, une seule est capable d’aller à leur encontre : l’être humain doté de son libre arbitre. En décidant d’agir contre les lois, l’être humain n’a pas une activité promotrice, mais destructrice. Cette décision – qu’il prend librement, rappelons-le – engendre le faux et, par là, la souffrance. Le mal a donc pour origine l’être humain, c’est uniquement lui qui le produit par l’utilisation erronée qu’il fait de son libre arbitre.
LA VRAIE QUESTION
Le libre arbitre ne peut pas être retiré à l’être humain – dans le but d’éviter qu’il ne fasse du mal –, car cette faculté fait partie intégrante de l’esprit humain. Elle lui est indispensable pour progresser spirituellement et il doit apprendre à l’utiliser dans le sens du bien. La véritable question à se poser n’est donc pas «Pourquoi Dieu tolère-t-Il le mal ?», mais «pourquoi les êtres humains tolèrent-ils le mal, puisqu’ils ont le pouvoir de le faire cesser ?»
Christopher Vasey
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