Le physicien Albert Einstein – né le 14 mars 1879 en Allemagne et décédé le 18 avril 1955 aux États-Unis – a révolutionné la science au 20e siècle par sa théorie de la relativité, et il fut considéré en son temps comme l’exemple même du génie. Cependant, il n’était pas qu’un chercheur scientifique et sa pensée allait beaucoup plus loin.
Profitant de sa notoriété, il exprima ses opinions sociales et philosophiques dans des articles et des lettres qui furent rassemblés par la suite sous le titre «Comment je vois le monde», un livre réédité en 2009 par Le Monde et Flammarion.
Ce qui nous frappe dans ses écrits, c’est une approche simple, plus intuitive qu’intellectuelle, et l’intérêt qu’il porte aux thèmes que nous pourrions qualifier de spirituels.
«Ma condition humaine me fascine», écrit-il dès la première page, «j’ignore pourquoi je suis sur cette terre, mais parfois je le pressens. Par l’expérience quotidienne, concrète et intuitive, je me découvre vivant pour certains autres… Je voudrais donner autant que je reçois et je ne cesse de recevoir.»
«… des idéaux ont suscité mes efforts et m’ont permis de vivre. Ils s’appellent le bien, le beau, le vrai. … et si je ne m’obstine pas inlassablement à poursuivre cet idéal éternellement inaccessible en art et en science, la vie n’a aucun sens pour moi.»
«J’éprouve l’émotion la plus forte devant le mystère de la vie. Ce sentiment fonde le beau et le vrai, il suscite l’art et la science. Si quelqu’un ne connaît pas cette sensation ou ne peut plus ressentir étonnement ou surprise, il est un mort vivant et ses yeux sont désormais aveugles. Auréolée de crainte, cette réalité secrète du mystère constitue aussi la religion. Des hommes reconnaissent alors quelque chose d’impénétrable à leur intelligence mais connaissent les manifestations de cet ordre suprême et de cette Beauté inaltérable. Des hommes s’avouent limités dans leur esprit pour appréhender cette perfection. Et cette connaissance et cet aveu prennent le nom de religion. Ainsi, mais seulement ainsi, je suis profondément religieux, tout comme ces hommes.»
Déjà, dans ces quelques citations, on reconnaît de grandes valeurs : l’importance de l’expérience intuitive ; de l’équilibre du donner et du recevoir ; de la recherche du beau, du bien, du vrai ; du besoin de trouver un sens à sa vie ; la reconnaissance de la grandeur de Dieu par l’observation de sa Création.
Cette façon de découvrir Dieu par l’observation scientifique ou artistique, il la nomme «religion cosmique», en insistant sur le fait qu’elle résulte d’une expérience personnelle et n’est soumise à aucun dogme.
«Je soutiens vigoureusement que la religion cosmique est le mobile le plus puissant et le plus généreux de la recherche scientifique.» Elle «consiste à s’étonner, à s’extasier devant l’harmonie des lois de la nature dévoilant une intelligence si supérieure que toutes les pensées humaines et toute leur ingéniosité ne peuvent révéler, face à elle, que leur néant dérisoire».
«Pour moi, le rôle le plus important de l’art et de la science consiste à éveiller et à maintenir éveillé ce sentiment dans ceux qui y sont réceptifs.»
L’expression «chercheur» est souvent comprise dans le sens scientifique. L’homme de science cherche sans a priori, il veille à observer de manière objective les phénomènes qui se présentent à lui. Une intuition de départ peut donner naissance à une hypothèse qu’il s’efforce de vérifier à l’aide de données objectives. Si cette hypothèse s’avère non fondée, il la rejette pour en vérifier une autre.
La même approche vaut pour un chercheur spirituel sincère, c’est-à-dire pour celui qui cherche le sens profond des choses. Tout comme l’homme de science, il devra aussi examiner de manière objective ce qui lui est proposé, sans a priori et avec une grande ouverture. Avec cette attitude, il sera à même de faire de grandes découvertes d’ordre spirituel.
D’après les opinions qu’il exprime dans certains de ses écrits, nous pouvons constater que Einstein était un chercheur dans les deux sens du terme, autant matériel que spirituel.
Il aura aussi eu le mérite de demeurer intuitif, malgré l’intellect exceptionnel qui était le sien. Sans cette intuition, il ne lui aurait pas été possible de découvrir des voies nouvelles comme il l’a fait.
Normand Charest
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