Supervielle : L’enfant de la haute mer

Dans un conte de Jules Supervielle (1) intitulé «L’enfant de la haute mer», une jeune fille de 12 ans vit seule dans un village au milieu de l’océan et ne vieillit pas. Les humains qui passent, les marins dans leurs bateaux ne la voient pas.

À la fin, l’énigme est résolue : on apprend qu’elle est née d’une pensée très forte qu’un marin avait émise à cet endroit, lui qui avait perdu une fille de cet âge et était demeuré inconsolable. Le personnage n’était pas la fillette elle-même, mais seulement une forme née des pensées tristes du père.

Or, il s’agit ici seulement d’un conte, d’une fantaisie, mais les formes nées des pensées existent réellement, comme c’était le cas pour les démons et les idoles que les humains craignaient autrefois, des idoles qui semblaient dotées d’un grand pouvoir.

Mais en réalité, ils tenaient leur pouvoir des hommes. C’était eux qui avaient forgé ces monstres par leurs pensées de peur. Celui qui prenait conscience de l’origine de ces choses cessait alors d’avoir peur ; par conséquent, il voyait ces formes diminuer puis disparaître, puisqu’il ne les nourrissait plus !

Normand Charest

(1) Jules Supervielle, poète français né en Uruguay, 1884-1960.

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