Dans l’hémisphère nord, à partir de novembre, l’automne est sombre jusqu’au solstice d’hiver, le jour le plus court de l’année. C’est pourquoi ce jour est devenu autrefois une fête de la lumière.
Comme le monde semblait s’assombrir, avec le soleil plus rare, et mourir comme les feuilles qui tombent, on offrait à la lumière des feux pour qu’elle revienne et l’on décorait les foyers de plantes toujours vertes, d’où le sapin de Noël illuminé et les feuilles de gui venus jusqu’à nous.
La mort apparente de la végétation a aussi fait de Novembre, par le fait même, le mois des morts, et aussi le mois où l’on pense à notre propre mort.
« Qui es-tu, et pourquoi es-tu venu sur Terre ? » disait Épictète, un philosophe né au premier siècle de notre ère, vers l’an 50. « N’est-ce pas Lui qui t’a introduit ici-bas ? N’est-ce pas Lui qui a fait luire pour toi la lumière ?... Ne veux-tu donc pas, après avoir contemplé, tant que cela t’est permis, le cortège et l’assemblée, t’en aller lorsqu’il t’emmène, non sans l’avoir adoré et remercié pour tout ce que tu as entendu et vu ?... Sors, va-t’en, comme un homme reconnaissant et discret. » (De la liberté, 103-106)
Pour Épictète, la liberté et le bonheur résultaient de l’acceptation de ce qui nous a été donné. Si le Créateur a voulu qu’il en soit ainsi, arguait-il, c’est pour notre bien, et il nous faut aussi le vouloir. L’esclavage vient du fait que l’on s’attache à des choses passagères, et le malheur de ce qu’on aille contre les lois qui régissent notre vie. Aujourd’hui, on parlerait de lâcher-prise.
Il est voulu que l’on vieillisse et que l’on perde tout ce qui est matériel, notre santé, nos biens ? Alors, acceptons-le. Il nous faut nous en aller, quitter tout cela ? C’est que nous sommes des voyageurs et que notre patrie est d’un monde plus léger où nous devrons retourner un jour.
Il est clair qu’Épictète croyait en un au-delà, en la survie de l’âme, et avant tout en un Ëtre suprême, comme on peut le constater dans le passage cité plus haut. Cela n’est plus une évidence pour les philosophes des Temps modernes. Selon certains, la difficulté d’accepter notre disparition avec la mort nous aurait amenés à créer de toutes pièces les chimères de ces croyances, simplement pour nous consoler.
Or, cette consolation est loin d’être une solution de facilité. Elle apporte au contraire des exigences, dont celle d’être responsable de nos actes et de nos pensées, et de leurs répercussions que nous ne pouvons esquiver, même après la mort.
Elle exige aussi de nous un grand détachement de tout ce qui est éphémère, et cela, dès que nous en sommes conscients, sans attendre notre dernière heure dans l’enveloppe de ce corps. La liberté, selon Épictète, est à ce prix – ce qui ne signifie nullement de ne pas jouir au présent de ce qui nous est offert de manière naturelle.
Normand Charest
(Epictète, esclave, suivit son maître à Rome où il fut affranchi. Ses propos furent consignés en grec ancien par l’un de ses disciples. )
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