« Si vous avez une vie créative, vous n’avez pas besoin d’un psychiatre », écrivait l’auteur Ray Bradbury. Le psychiatre Christophe André, de son côté, souligne l’utilité thérapeutique de tenir un journal, qui nous permet de structurer nos impressions, nos pensées et de mieux nous comprendre.
Le romancier Jacques Godbout écrit : « Lire, c’est aimer écouter une voix intérieure. Écrire, c’est l’entendre murmurer même quand le livre est refermé. » La créativité est reliée à l’écoute de cette voix intérieure, qui est la voix de notre âme.
Ainsi, le fait d’écrire est déjà utile pour mieux nous connaître, peut importe que nos écrits ne soient pas publiés, comme c’est le cas la plupart du temps pour un journal personnel. C’est d’abord un travail sur soi et sur son âme que l’on accomplit lorsqu’on écrit.
Mais cela est aussi vrai pour d’autres formes d’art, comme la musique ou la peinture. Les heures qu’on leur consacre peuvent alors passer sans qu’on en ait vraiment conscience, dans les cas où la concentration est suffisamment importante. C’est comme si nous étions transportés dans une autre dimension du temps, dans celle de l’âme.
Beaucoup d’artistes ont d’ailleurs constaté ce fait, par leur expérience personnelle : que le travail créatif était d’abord un travail sur soi. Pour ces artistes, c’est le travail intérieur qui importe en premier lieu. Les œuvres matérielles qui en résultent n’en sont que les conséquences naturelles.
Ainsi, si l’attitude intérieure est juste, l’œuvre le sera aussi. « Le but n’est pas de “faire de l’art”, mais d’être dans cet état merveilleux où l’art est inévitable », disait le peintre Robert Henri à ses élèves au début du 20e siècle.
La créativité peut prendre des formes diverses. Ce qui importe pour nous, c’est l’occasion qu’elle nous offre de plonger en nous, de nous mettre à l’écoute de notre vie intérieure et de transcender nos simples préoccupations matérielles.
Il est ironique que des tableaux de van Gogh, Dufy, Kandinsky, Modigliani et les autres, peints spontanément et traduisant leurs expériences intérieures, puissent se vendre maintenant pour des millions de dollars... Mais c’est là une autre histoire.
Normand Charest
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