
À l'occasion de la fête de Pâques , voici un extrait du livre Résonances des millénaires enfuis aux éditions du Graal.
« Jésus se rendit à Jérusalem avec ses disciples. Bien avant la ville, les gens en habit de fête attendaient ; ils voulaient le voir. Toutes les rues de la ville étaient bondées. Les hommes en rangs serrés étaient tous rayonnants et pleins d’une joyeuse attente.
Le cortège n’approchait que lentement. Lorsque Jésus eut atteint l’enceinte de la ville, on lui amena un mulet. Désagréablement surpris par l’effervescence des hommes autour de lui, il voulait refuser l’animal. Mais Pierre lui dit à voix basse :
— Ce sera plus facile pour toi, car tous les hommes sont réunis pour te voir. Le cortège peut durer des heures encore et tu te fatiguerais trop ; Seigneur, accepte l’animal !
Alors Jésus céda.
La joie du peuple était débordante et augmentait à mesure que Jésus pénétrait dans la ville. Que criait donc le peuple ?
— Hosanna au Fils de David ! Hosanna à Celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna à notre Roi !
Jésus crut avoir mal entendu. Criaient-ils vraiment “Hosanna au Roi des Juifs ?”
Il interrogea du regard les disciples qui le suivaient. Judas était parmi eux. Cette fois-ci, il marchait immédiatement derrière lui. Quel air il avait ! N’avançait-il pas bouffi d’orgueil ? Jésus devint inquiet. Il avait été placé au cœur d’un événement sans qu’il le sût.
Cette réception avait été sciemment préparée, car personne, excepté ses disciples, n’était informé du moment où il arriverait à Jérusalem. Judas n’avait-il pas l’air d’en être l’auteur ? Le visage des autres disciples un peu déconcertés, n’exprimait-il pas de l’étonnement au sujet de cet accueil ? Certes, ils s’attendaient tous à ce que le peuple accourût à leur entrée, mais ils n’avaient jamais rien vu de pareil. Cela n’aurait pu se produire sans une minutieuse préparation.
Une légère rougeur de mécontentement monta au visage de Jésus. Cette réception exagérée le contraignait à se tenir tranquille. Sa nature se cabrait devant ce fait. Judas croyait-il vraiment pouvoir lui prouver ainsi son dévouement ?
Enfin, tout se termina. Le cortège s’arrêta devant le Temple. Jésus put descendre de son mulet et pénétrer dans l’édifice, suivi d’une foule qui s’étendait à perte de vue.
[…]
Lorsque le haut portail se ferma derrière les derniers auditeurs, Jésus se leva de son siège.
— Hommes et femmes, vous qui êtes venus des campagnes à Jérusalem pour célébrer la Pâque, recevez mes paroles qui ne vous seront données qu’une fois.
Vous m’avez préparé une réception que vous auriez pu offrir à un souverain terrestre, mais non à moi. Sachez que je ne serai jamais roi sur cette Terre ! Mon royaume n’est pas de ce monde !
Claires et distinctes, ces paroles résonnèrent au-dessus de la foule et déclenchèrent des clameurs parmi les assistants. Ils s’écrièrent de nouveau :
— Hosanna au roi des Juifs !
Alors Jésus ordonna une fois encore le silence et sa voix résonna une seconde fois à travers la salle :
— Mais je veux être pour vous un roi qui vous donne quelque chose de plus élevé que ne le pourrait un souverain terrestre. Je veux être un prince de la paix sur cette terre ; je veux gouverner et conduire le peuple juif pour qu’il grandisse dans la liberté et la splendeur. Je veux indiquer le chemin à tous ceux qui viennent à moi, auraient-ils même aujourd’hui l’apparence de vos ennemis. Mon royaume sera plus grand que cette terre et plus vaste que tous les royaumes connus jusqu’alors.
La foule avait écouté en retenant son souffle. Elle ne saisissait pas la différence et croyait que Jésus avait choisi ces mots par habileté, pour cacher à l’ennemi ses intentions. Des cris d’allégresse jaillirent et firent vibrer le Temple. »