Estime de soi : un conte pour enfants

Le texte qui suit doit être remis dans son contexte : il s’agit d’un conte écrit pour des enfants participant à un cours dont le thème était l’estime de soi. Là comme ailleurs, une histoire imagée peut être plus utile qu’un exposé théorique.

Une histoire de fleurs

L’histoire que je vous raconte s’est passé dans un parc fleuri, vous savez, un de ces endroits que bien des gens aiment visiter pour admirer la beauté des fleurs.

Dans ce genre de parc, les visiteurs marchent dans les sentiers et, d’un côté comme de l’autre, voient toutes sortes de variétés de fleurs : des bégonias, des pétunias, des marguerites, des roses et bien d’autres encore.

Ce que les visiteurs ne savaient pas, cependant, c’est que le soir venu, lorsque tout le monde était parti, lorsqu’il n’y avait vraiment plus personne dans le parc, les fleurs se mettaient à communiquer entre elles. Eh oui !

De même, une gentille et merveilleuse fée venait les rencontrer chaque nuit pour vérifier si tout allait bien pour elles.
Le lendemain matin, lorsque les jardiniers arrivaient en premier, tout était redevenu calme, silencieux.

Or, une nuit, pendant sa visite, la bonne fée trouvait les fleurs plus agitées que d’habitude. C’était la première fois qu’elle ressentait du mécontentement parmi elles.

Les fleurs avaient remarqué, depuis plusieurs jours, que les touristes, lorsqu’ils se promenaient dans le parc, avaient l’habitude de s’attarder plus longuement dans l’allée des rosiers ; ils prenaient le temps d’admirer les superbes roses rouges qui s’épanouissaient là, et qui, oui, étaient particulièrement belles.

Les fleurs ont alors fait une demande bien surprenante à la bonne fée ; toutes, elles la supplièrent de les transformer en ces merveilleuses roses rouges que les touristes aimaient tant admirer.

La fée était capable de répondre à cette demande, mais avant, elle voulait s’assurer que c’était vraiment le désir de toutes les fleurs de ce parc, et que ce désir était profond. Or, c’était bel et bien le cas.

Alors, elle leur dit : « Cette nuit, après votre sommeil, votre désir sera exaucé. »

Le lendemain matin, lorsque les jardiniers arrivèrent en premier, ils sursautèrent et n’en revenaient pas : partout, partout dans ce parc, dans chacune des allées, il n’y avait que des roses rouges… De magnifiques roses rouges, bien sûr, mais il n’y avait que ça.

Lorsque les touristes ont commencé à arriver, eux aussi étaient très surpris de voir ces innombrables roses rouges partout dans le parc. Elles étaient belles, très belles même, mais il n’y avait que ça. Pendant qu’ils marchaient dans les allées, plusieurs de ces gens étaient un peu déçus, car ils s’attendaient à observer ici des variétés de fleurs. C’était, en tout cas, ce à quoi ils s’attendaient et c’était ce qui leur avait donné le goût de venir.

Leur visite fut de courte durée. Que voulez-vous ! Ce parc était beau, c’est sûr, mais d’une allée à l’autre, ils voyaient sans cesse et sans cesse la même sorte de fleurs : des roses rouges !

Les jours suivants, de moins en moins de gens visitaient ce parc pour y admirer les fleurs. Puis, plus tard encore, au fil des jours, quelques personnes seulement — toujours les mêmes — venaient marcher dans le parc, conversaient entre elles et ne portaient pas vraiment attention à leur entourage ; c’en était devenu triste !

Une nuit, les fleurs ont supplié la bonne fée – qu’ils n’avaient pas vue depuis longtemps – de revenir les voir, car elles avaient une autre demande à lui faire.

Gentille comme toujours, la fée a pris le temps de les écouter, et elle n’était pas surprise du tout de ce que les fleurs lui ont demandé cette nuit-là : elles voulaient toutes redevenir comme avant ; redevenir les mêmes fleurs qu’elles étaient auparavant.

En souriant, la fée leur dit ceci :

« Vous savez, quand j’ai décidé d’exaucer votre désir et de vous transformer toutes en roses rouges, je savais que les gens se désintéresseraient de vous assez rapidement. Je voulais quand même vous donner une grande leçon. Je savais ce que ça ferait, mais je voulais que vous le constatiez vous-mêmes. Or, maintenant, vous en vivez les résultats : les gens ne viennent plus vous voir et, s’ils viennent, ils ne restent pas longtemps et ne vous remarquent même plus, même si vous êtes très belles. Là où les fleurs, tout comme les gens, essaient trop de se copier les unes les autres, il n’y a plus de vie. Il n’y a que tristesse et ennui ! »

« Cette nuit, vous allez dormir à nouveau d’un profond sommeil et, demain matin, à votre réveil, vous serez redevenues vous-mêmes, petites ou grandes fleurs, avec vos couleurs et vos parfums d’avant. Cette fois, j’espère que vous serez fières d’être ce que vous êtes, et cesserez enfin d’envier les autres. »

« Soyez vous-mêmes et soyez fières de l’être ! Chacune de vous est belle à sa façon et c’est important que vous rayonniez toute la beauté dont vous êtes capables, cette beauté qui est personnelle à chacune d’entre vous. C’est d’ailleurs cette grande variété de beautés différentes qui donne tout son charme à un parc tel que le vôtre ! »

Cette nuit-là, toutes les fleurs ont dormi d’un sommeil tellement reposant. Le lendemain, elles étaient ravies d’être redevenues comme avant. Leur joie était si grande que, partout dans le parc, on pouvait sentir de délicieux parfums. Les jardiniers étaient soulagés, et même ravis de ce qu’ils y ont découvert ce matin-là.

La nouvelle s’est vite répandue. Les touristes sont venus à nouveau. Maintenant, ils s’attardaient plus longuement que d’habitude, parce qu’on se sentait si bien en cet endroit !

De jour en jour, toutes les fleurs s’embellissaient, chacune à leur façon. Les jardiniers recevaient des compliments pour la beauté qui – disons-le – rayonnait dans ce parc. Mais chaque jardinier répondait quelque chose comme : « Je ne sais pas ce qui se passe ici ! Nous prenons soin des parterres comme d'habitude ; malgré notre travail habituel et inchangé, c’est bien plus beau qu’avant ! C’est à n’y rien comprendre ! »

Guy Poulin

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